24 décembre
2009,
Debout tout le monde, petit déjeuner tranquille. Nous
ne sommes pas vraiment pressés, le topo annonce 7h de marche pour rejoindre le prochain camp et nous n’avons que ça à faire.
Il faut tout de même replier la tente, refaire les
sacs et se mettre en route pour Casa Piedra vers les 9h.
Attention, une seule personne à la fois, est-il écrit
en espagnol sur la pancarte.
Voici notre première traversée de rivière, sur une
passerelle, quelle chance !
Ci dessous la pampa dans toute son immensité.
Et nous marchons, marchons,
marchons.
Repas à midi pile (jambon, vache qui rit,pain d’épices).

Et, au détour d’une vallée, l’Aconcagua, loin, très loin là haut. Magnifique, enfin…
Nous arrivons finalement au 2ème camp à
3245m après 5h30 de marche. Les mules sont déjà là. Nous pouvons donc nous installer tranquillement. A quelques mètres coule la rivière précédemment traversée et d’un commun accord, nous nous
élançons pour une douche plutôt méritée après 3 jours d’abstinence.
Effectivement pour tous ceux qui pensaient que nous
allions nous retrouver tout seul, c’est un peu loupé.
Nous nous efforçons de beaucoup boire, tout au long
de la journée, dans la soirée, tisane, eau…
Ce soir c’est le réveillon de noël et chacun pense à
sa famille. Pour ma part sans nostalgie. Nous profitons d’ailleurs tous du téléphone pour parler à nos proches qui en sont déjà au foie gras ou aux huitres. C’est d’ailleurs la première fois que
j’appelle depuis le 19/12/09.
Et ce soir, ce sera un repas de fête, tartiflette
lyophilisée. Franchement, vous voulez savoir… plus jamais ça, c’est à ger… Je suis désormais écœuré de la tartiflette pour un bon moment. Elle me restera sur le ventre toute la
nuit.
Attention, mes enfants, je les appelle « mes
enfants » car je suis le plus âgé des 3, petit papa noël est passé. Je sors de mon sac 3 petits paquets de taille identique. Chacun choisi le sien.
Ho, des tablettes de chocolat cote d’or à la truffe,
orange et amande. Ca c’est bon pour le moral. J’ai d’ailleurs un petit cadeau perso que m’a préparé Réjane avant mon départ et que je n’avais pas ouvert.
Des chaussettes super chaudes. Merci petit papa
noël.
Tout le monde à l’air satisfait et nous pouvons donc
déguster nos tablettes.
La nuit ne fut pas bonne, trop brassé par la
tartiflette.
Un chef d’expédition voisine vient nous voir pour
nous demander de bien vouloir nous préparer pour un départ à 7h le lendemain. Les muletiers veulent en fait faire l’aller au camp de base et le retour dans la même journée. Il nous propose en
échange de nous faire passer le ruisseau à dos de mule.
Pas de problème. Nous réglons nos montres pour
5h30.
25 décembre
2009,
Nous sommes prêts pour 7h. On attend. Rien ne bouge.
Quelques uns se lancent pour la traversée du ruisseau à pied. Ils en ont jusqu’aux genoux et l’eau est glaciale.
Nous on s’en fout, on va traverser sur une
mule.
On attend donc patiemment que le muletier
arrive.
Il est déjà plus de 8h et rien ne se passe. Vincent
et moi trépignons et nous insistons auprès de Manuel pour traverser à pied. Il refuse plusieurs fois.
Et puis un cavalier arrive vers nous avec une autre
mule déjà montée par une dame. Sa mule refuse de traverser le ruisseau. Il repart.
Stop maintenant, on traverse à pied. On remonte les
pantalons, on enlève les chaussures et les chaussettes et via, à l’eau. Alors là, comment dire, de profonds regrets de ne pas avoir attendu encore plus nous envahissent. L’eau n’est pas froide,
elle est seulement à 1 ou 2°C, sur les berges il y a même des plaques de glaces sur lesquelles nous marchons pieds nus. Le soleil n’est pas encore levé.
Il n’a pas fallu longtemps pour traverser, se sécher
et remettre les chaussures. Plus jamais ça !!!
Il est 8h30 est débutons enfin notre marche qui est
aujourd’hui de 1000m de dénivelée pour rejoindre le camp de base de Plaza Argentina à 4200m.
Nous avons moins de kilomètres mais plus de montée,
dans un décor un peu plus montagneux.
Ils ont l’air plutôt content derrière leurs lunettes de soleil.
D’ailleurs
indispensables.
Le rythme est toujours lent et régulier. Les pauses sont
peu nombreuses, sauf, bien sur pour midi pile, l’heure sacrée du repas. Bon c’est
toujours le même depuis 3 jours et nous commençons à nous lasser.
On ne sait pas vraiment où se trouve le camp de base
et d’après nos altimètres il en reste encore à faire, nous sommes à 4000m. Je crois que mon organisme vient aussi de le découvrir et j’ai un petit coup de moins bien, comme ça, d’un coup. Après
avoir mangé un peu, c’est reparti.
Et c’est sans vraiment nous en rendre compte que nous
rapprochons inexorablement de l’Aconcagua. Nous analysons d’ici la directe des Polonais que nous devons gravir. C’est la langue de neige qui remonte de la droite vers la gauche sous le sommet. Et
dire que d’ici il nous reste encore 3000m à monter !!!

Et finalement au détour d’un rocher voici Plaza Argentina, camp de
base de l’Aconcagua par sa face Est.

De très nombreuses tentes sont déjà installées (je dirais une
cinquantaine), de grosse tente messe des tours opérateurs
comme Aymara ou Inka Expédition.
Nous nous dirigeons vers la tente d’Aymara devant laquelle git
nos sacs, je dis « git » car ils ont été jetés
là sans ménagement. Nous nous présentons et nous installons. Particularité de ce camp, chaque secteur possède son
sanitaire pour lequel il faut aller chercher la poignée pour l’ouvrir.
Du point de vue de la santé, je ne me sens pas bien.
L’altitude, c’est sûr. J’ai mal au crane et je suis très vite essoufflé. Je suis un peu rassuré lorsque mes camarades m’annoncent qu’ils ont eux aussi mal à la tête. Nous décidons donc de rester
le lendemain au camp de base pour nous acclimater.
Nous sommes le jour de noël et je ne pensais pas,
mais il est tout de même dur pour un père d’être éloigné de ses enfants ce jour là. La fatigue et l’altitude aidant, j’ai une baisse de moral qui s’accentue encore après un petit coup de fil à
Réjane et à Antoine mon fils qui sans détour me dit « papa je t’aime ».
Il est encore tôt, nous n’avons mis que 5h15 pour
monter les 1000m de dénivelé.
Nous buvons beaucoup, il parait que c’est le meilleur
remède pour l’acclimatation (5litres qu’ils disent). Par contre ce qu’ils ne disent pas c’est que ces 5 litres il va aussi falloir les évacuer.
Allez, visite médicale obligatoire et validation de
notre permis d’ascension.
Avec Manuel, nous sommes un peu faibles au niveau du
taux d’oxygène dans le sang mais nous avons une bonne tension. C’est le contraire pour Vincent. Le doc nous déclare aptes à la poursuite de notre ascension. Nous voilà plutôt
rassurés.
Malgré ma réticence, le diamox est le
bienvenu.
Nous nous reposons, buvons, mangeons et allons nous
coucher.
26 décembre
2009,
La nuit fut longue et difficile. Je me réveille à
nouveau avec un mal de tête vite passé avec un diamox et un paracétamol.
Ce matin, c’est grand luxe, Manu nous prépare des
crêpes avec confiture ou miel. C’est royal et excellent pour le moral.
Mon cafard de la veille est déjà oublié. Aujourd’hui
il faut se reposer, dormir et boire, toujours boire et pisser, toujours pisser.
Finalement avec tout ça la journée passe très
vite.
Nous en profitons aussi pour préparer notre sac à dos
pour notre 1er portage à 4850m.
Nous redistribuons la nourriture en commun, calculons
au plus juste pour alléger au maximum les sacs qui vont certainement peser autour des 20kg. Tout ce qui ne servira pas restera ici. On prévoit tout de mêmes 2 ou 3 jours de nourritures
supplémentaires en cas de mauvais temps dans les camps supérieurs ou bien en cas de plusieurs tentatives du sommet. A partir d’aujourd’hui, nous avons tous conscience qu’il va falloir être
autonome.
Au repas du soir, nous faisons connaissance avec des
Canadiens Québécois très sympas et avenants.
Ils nous proposent d’ailleurs de jouer avec eux à un
jeu, le jeu du sapin. On distribue 3 cartes en forme de sapin sur lesquelles sont inscrits 3 mots. Le principe, se débarrasser des cartes en faisant dire les mots par d’autre et leur donner ta
carte. Mais ce jeu se joue au gré des discussions de tous les jours, en faisant connaissance.
En revanche je crois que nous avons compris que nous
n’avons peut être pas été très attentif à notre nourriture lorsque nous les avons vu sortir les spaghettis, sauce tomate, viande, céleri, mayonnaise, carottes… Je pense que j’en bavais car moi
j’avais devant moi un gâteau de semoule lyophilisé mal cuit et que nous avions déjà jeté une partie des pates blanches.
C’était pourtant facile. Il suffisait d’acheter à
Mendoza et de faire porter par les mules. Quelle bande de bourricots.
27 décembre
2009,
Je me sens beaucoup mieux, cette journée
d’acclimatation m’a fait du bien.
On fini les sacs et en route pour le 1er
camp d’altitude. Sonia nous avait annoncé du vent pour l’après midi et la nuit suivante. Et le vent ici, il ne rigole pas, alors il ne va pas falloir mollir.

L’accès au 1er camp se fait par une longue
montée entre 4200m et 4850m à travers des champs de blocs et de pénitents, le tout chargé d’environ 20kg.

La montée va être longue pour moi. Je n’arrive pas à
garder un rythme.
J’ai tendance à accélérer. Mais à cette altitude, ça
ne pardonne pas. Je suis constamment essoufflé.
A 200m sous le camp, Manu et Vincent décident de me
soulager un peu du poids de mon sac.
J’ai l’impression que cela va mieux et puis nous
voyons le col auquel se trouve le camp n°1.
La montée est dure. Ce n’est pas la première fois que
j’ai cette impression de ne pas pouvoir y arriver. Je connais donc cette sensation et sert les dents pour finir. Après, je le sais c’est la libération, pour aujourd’hui. Et nous voilà sortis.
Nous cherchons un emplacement. Déballons en quatrième vitesse nos sacs dans des sacs poubelles soigneusement calés sous les pierres. Le vent est très fort, il est même parfois difficile de rester
debout.
Nous avons finalement mis 4h40 au lieu des 6h prévues
sur le topo. Mon altimètre indique 4960m.
Nous entamons la descente.
Très vite je ressens comme un point de coté, mais qui
ne passe pas. Je m’essouffle en descendant, et je vois Manu et Vincent s’éloigner. Normal, ça descend. Je ne comprends pas bien ce qui ce passe et je ne l’analyse donc pas.
Ce n’est donc pas sans mal que je retrouve notre
tente.
Sans attendre, je me couche. Ca va
mieux.
Et puis le médecin nous avait demandé à Manu et moi
de repasser après cette journée pour reprendre notre taux d’oxygène dans le sang. Allez, on y va.
Ok pour Manu. C’est mon tour, et il me trouve un taux
encore faible. Je lui parle alors de mon point de coté lors de la descente et que je ressens encore. C’est situé sous les cotes, à droite.
Stéthoscope, hésitation, puis il me regarde et
m’annonce en anglais que j’ai de l’eau dans les poumons et que je suis en train de faire un œdème pulmonaire. Il me demande d’arrêter l’ascension et de prévoir une redescente rapidement,
certainement le demain matin.
Heureusement que j’étais assis car sinon je pense que
je serais tombé. Et si je n’avais pas eu un minimum de fierté j’aurais pleuré.
Il vient seulement de m’annoncer qu’une année
d’entrainement, l’achat de matériels spécifiques, de nombreuses discussions et disputes pour faire valider ce projet auprès de mes proches, 9 jours depuis mon départ de France, noël sans mes
enfants, 3 jours de marches sans problèmes, tout ça pour rien. C’est très dur à accepter. Je n’ai d’ailleurs pas encore digéré cette « défaite ».
Et en plus je suis contraint de laisser mes camarades
tout seuls sur la montagne.
Il me fait une piqure, me fait avaler un médicament
et on retourne à la tente.
On l’annonce à Vincent. Manu envisage de redescendre
avec moi et de stopper l’expédition ici. Il en est hors de question. De toute façon je ne redescendrais pas tout seul puisque soit je prends un hélicoptère, soit je descends en
mule.
Abattu, nous partons manger dans la tente messe. Les
effets du médicament se font sentir, je tremble de partout alors qu’il ne fait pas froid et puis ça passe.
Nous nous couchons tard et je m’endors comme un bébé,
je suis épuisé.
28 décembre
2009,
7h du matin le docteur m’appelle. Il vient contrôler
mon état, qu’il trouve plutôt bon, je crois, me refais une piqure et m’annonce qu’un hélicoptère arrive dans une vingtaine de minute pour un héliportage et qu’il va me faire profiter de la
descente.
Il faut donc que je fasse vite un sac de 7kg max et
que je me tienne près au départ.
Il y a beaucoup de vent et l’on ne croit pas qu’il
viendra ce matin.
Mais un pilote argentin est plus têtu qu’un haut
mauriennais et le voilà déjà apparaitre.
J’ai à peine le temps de dire au revoir à Manu et
Vincent, les mots ont du mal à sortir, je les abandonne.
Il se pose et en 3 minutes je suis dans les airs. Pas
glop, pas glop, pas glop.

Nous voici tous les 3 dans la tente le jour de l'acclimatation à Plaza Argentina
Bref, ensuite, bus, taxi, métro, agence Air France,
modification de la date de départ, hôtel, lecture, internet et c’est l’heure du départ avec pleins de regrets.
Voilà c’était mon histoire dans cette cordée de 3
pour l’ascension de l’Aconcagua, le plus haut sommet des Amériques.
Depuis je n’ai des nouvelles de Manu et Vincent qu’au
travers du blog.
J’avoue que le jour du sommet, j’étais très inquiet.
Cette voie était tout de même un peu technique sur la fin et j’étais supposé être le technicien du groupe et le plus à même à juger des conditions.
Dans quoi les avais je
laissé ?
Quelle soulagement lorsque Sonia m’a appelé pour me
confirmer qu’ils étaient enfin sous une tente, à l’abri.
J’attends désormais leur retour pour prendre
connaissance de leur expédition et visionner les photos.
Merci encore à tous de nous avoir
suivi.
Dominique.