Samedi 20 février 2010 6 20 /02 /Fév /2010 16:55

Bonjour à tous

 

Vous ne l’attendiez peut être plus ! Et pourtant le voici. Je parle de mon récit bien sûr. L’expédition ne s’est pas vraiment passée comme je l’avais rêvé. Combien de fois durant la période de préparation me suis-je vu au sommet de l’Aconcagua avec mes deux compagnons de cordée ? De trop nombreuses fois ! Ce qui est certain, c’est que je n’avais pas imaginé perdre un membre de l’équipe si tôt dans l’aventure…

 

Je me repose dans la tente, de retour au camp de base après le premier portage. Manu et Dom sont chez le médecin. Manu revient brusquement et me lance :"Ca craint, Dom à un œdème !"  Il repart aussi vite qu’il est venu. Je suis à nouveau seul dans la tente, un peu chamboulé mais bizarrement pas abattu. Je passe même une bonne soirée. Dom paraît en bonne forme. On déconne sur la douloureuse piqûre qu’il a dû recevoir dans le postérieur. On est bien, on est trois !

C’est au moment du départ de Dom le lendemain matin que je réalise que notre aventure à trois est terminée. Les adieux sont difficiles. On a du mal à parler, on s’embrasse simplement. L’hélicoptère décolle. Je me surprends à verser quelques larmes.

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Avec Manuel, on décide de poursuivre l’aventure. A ce moment là, je me fous royalement du sommet !  

 

On reprend finalement le dessus, la motivation revient. Montée au camp 1, au camp 2.

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Jour du sommet. La sortie de la tente est difficile pour moi. Je suis anxieux. Pourtant, ce jour là, je l’attends depuis des mois ! On s’encorde, on met les crampons. Tous mes gestes sont maladroits. Manuel est quant à lui déterminé. Il prend les choses en mains. Je me détends rapidement après les premiers mètres gagnés et profite pleinement de ce début d’ascension dans les pas et à la cadence de Manuel. Le plus difficile est pour l’instant de boire et de s’alimenter avec les moufles. On va l’atteindre ce sommet !

Très rapidement, Manu prend froid aux pieds. Ses chaufferettes ne fonctionnent pas. Je crois qu’il les a rentrées trop rapidement dans ses chaussures. La réaction chimique avec l’air ambiant n’a pas pu se produire. A approfondir pour une prochaine expé… Ca m’inquiète un peu. Moi je suis bien, je n’ai pas froid aux pieds.

On arrive au passage du goulet très bien décrit par Manuel. On n’en voit jamais la sortie. Je finis par perdre patience et en arrive même à pester contre ce goulet interminable… puis contre Manuel quand il m’annonce une dizaine de mètres avant la sortie : "Il rigole ou quoi, il reste au moins une cinquantaine de mètres à parcourir !" Pas de doute, la fatigue est là. Elle ne me quittera plus jusqu’à la sortie du parc.

Vient ensuite le renoncement vers 6 600 mètres. Je me souviens d’avoir influencé la décision. Pour quelles raisons ? Je ne sais plus vraiment ! Il y avait de la fatigue, beaucoup de fatigue, un grand sentiment d’isolement aussi. Ne pas oublier les trop nombreuses plaques à vent, l’arrivée du mauvais temps… Aurions nous dû engager davantage ? Le sommet tant désiré était il accessible ce jour là ? Je n’ai pas fini de me les poser ces questions !

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Aujourd’hui, j’ai retrouvé mon "train-train" quotidien. Cette formidable expérience reste malgré tout très présente dans ma tête. J’ai envie de remercier toutes les personnes qui nous ont suivi durant cette aventure et ont participé à la vie du blog. J’ai toujours faim de montagne, dans les Alpes bien sûr, mais pas uniquement… Vivement la prochaine !

Par las marmotas
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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /Fév /2010 21:19
Bonjour à tous, non le blog n'est pas encore complètement achevé!! mais voilà...Un mois après leur retour, nous sommes toujours en attente du récit de Vincent...mais cela ne devrait plus tarder...

MESSAGE POUR VINCENT: Nous te laissons encore une semaine... et après je raconterai l'anecdote des pates bolognaises et de leurs effets sur ton organisme!!!! Aie Aie!!  Et oui, Manu m'a raconté...
Cela te dit quelque chose cette image???

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Et puis une dédicace pour Dom... Un Mix de saveurs, qu'ils disent sur le paquet!!!!

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Par las marmotas
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Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /Jan /2010 22:14

Bonjour,

Merci pour tous ces messages d’encouragements que nous avons eu pendant cette expé.

Merci à So d’avoir su garder le moral et les enfants pendant ces longues journées, d’avoir su nous donner les infos météo précieuses et d’avoir mis à jour le blog pour informer nos proches.

Merci à ceux qui ont partagé leurs vacances avec mes enfants, que du plaisir paraîtrait-il.

Merci également à Bruno du Staff médical qui a su gérer des situations difficiles, notamment lors de la recherche de la tente.

 

Bon, Dominique, oh Grand Père Alpiniste (vu que nous sommes ses « enfants »…plus jeunes seulement de quelques mois, mais ça compte) ne nous refait plus des peurs pareilles. On se disait aussi que c’était assez bizarre de lui porter son sac à 4800m alors que le Mt Blanc, il l’a déjà parcouru en long en large et en travers avec des skis sur le dos.

Un œdème apparemment arrive à n’importe qui, même à ceux qui sont déjà allés en altitude, aux jeunes comme aux moins jeunes, aux sportifs comme aux fumeurs.

Le médecin a dit que cela pouvait provenir du code génétique, alors là, à moins de changer de caryotype…

J’ai eu Dom au téléphone la semaine de notre arrivée, il semble prêt à repartir au-dessus des nuages. Quand la montagne vous tient…

 

Je ne vais pas m’étaler sur le début de l’expé, Dom l’a bien résumé, on retient les douaniers chiliens, l’achat du permis, le père noël à Mendoza, Flavia de Aymara et les muletiers bourrains.

L’immensité de la pampa, la chaleur et les rafales de vent, le froid et les crevasses sur les doigts, la bouffe qui a gêné Dominique mais pas trop les 2 autres qui ont avalé des pâtes blanches à 6000m.

01 Père Noël Mendoza

02 Pampa de Lena

03 Pampa de lena


04 pampa direction casa de piedra

05 première vue de l'Aconcagua

06 Casa de Piedra

07 Casa de piedra

08 Montée au camp de base

09 montée au camp de base

Commençons par l’arrivée au camp de base, 4200m.

Le soir un mal de crâne nous tenait bien Dom et Moi alors que Vincent n’allait pas trop mal. La saturation en oxygène était de 80 ou 82% donc juste la limite pour Dom et Moi, Vincent c’était bon sauf pour la tension un peu faible.

Le médecin nous dit « OK man » et suggère que nous repassions après un premier portage au camp 1, avant de partir avec la tente au camp 1.

La nuit n’est pas terrible et nous prenons un Diamox le matin. 2h après c’est le bonheur, plus mal au crâne, ça se fête avec des crêpes.

10 mal de tête à 4200m

11 Crêpes campe de base



Le lendemain on embraye avec le portage au camp1. Il va falloir en baver pendant 6h et recommencer le jour d’après, on le sait.

Dom me dit que si je lui propose de partir à Santiago sur l’heure au soleil et sur la plage, il me suivrait sans problème, la motivation est donc moyenne.

On attaque tranquillement. Petit train va loin, on marche on respire. Dom a un peu de mal à trouver le rythme même quand je reste devant pour ralentir la marche.

Plus on monte, plus c’est dur.

On attaque la dernière pente de neige, on allège Dom, on passe un goulet très venté (le seul endroit du camp où on pourra s’alimenter en eau, un trou dans la glace en pente, pas très accueillant).

L’arrivée au camp 1, altimètre à 4900m, pression à 550 hpa, vent à 80-100km/h, on ne traîne pas. Les sacs poubelles apportés pour les caches sont remplis de nos affaires en quelques minutes. On entasse des pierres dessus pour éviter qu’ils s’envolent.

Dom n’est pas bien, il a froid.

Même à la descente ça ne va pas fort. Vincent réconforte Dom en lui expliquant qu’un de ses amis est allé au Pérou, à 5500m il n’était pas bien et ensuite quelques jours plus tard à 6000m il était en pleine forme…malheureusement pour Dom, l’œdème est déjà là.

La suite est déjà connue, le plus dur c’est de voir partir un membre de notre équipe qui n’est déjà pas bien grande.

Avec Vincent ce jour là il a fallu prendre sur soi et retrouver une vraie motivation pour le lendemain afin de repartir avec la tente au camp 1 à 4900m.

Pour info, nous disposons de médicaments spécifiques au mal des montagnes. Il s’agit du Diamox qui agit sur les reins et est fortement diurétique, on est donc bien obligé de boire nos 5l d’eau par jour. D’ailleurs la nuit au lieu de se lever toutes les 2h, d’enfiler nos multiples couches pour aller dehors nous avons opté pour les boîtes à pisser, gourde gros goulot a ne pas confondre avec le thermos d’infusions en pleine nuit…

Nous avons aussi du Célestène en seringue (un corticoïde équivalent du Décadron ou dexamétasone) en 8mg, nous conservons les fioles sur nous pour éviter qu’elles ne gèlent (On fait la même chose avec les batteries du téléphone satellite). Nous avons effectué des tests préalables avec des fioles d’eau salée, merci Seb !

Nous avons également des comprimés d’orosolupred en 2mg. Le médecin du camp de base n’a pas hésité à faire une piqûre à Dom le soir, puis lui prescrire un orosolupred à 1h du matin et une autre piqûre à 7h du mat.

En complément le brycanil qui permet d’ouvrir les alvéoles pulmonaires et aussi l’Anapen qui est une seringue d’adrénaline pour les arrêts cardiaques.

L’oxygène n’était pas nécessaire mais le médecin en disposait au camp de base.

Ce que je prendrai lors de la procaine expé : un stétoscope (le médecin m’a fait écouter l’œdème de Dom), un oxymètre pour mesurer la saturation en oxygène dans le sang et les pulsations.

12 Montée camp 1


13 retour camp 1

Ensuite les journées en altitude vont s’enchaîner.

Après une montée longue et lourde (le sac de 20 kg) surtout pour Vincent la 2ème fois (je n’aurai pas du dire que c’était plus facile à la 2ème montée) on trouve notre zone de campement au camp1 (4900m) déjà prise ce qui a le don de nous énerver, on le fait bien comprendre aux 2 alpinistes qui se retranchent derrière le fait que c’est leur guide qu a installé la tente .

Il faut retrouver un autre emplacement et rassembler les sacs poubelles contenant les affaires du premier portage.

14 Camp 1


Le lendemain on poursuit par une montée au camp 2 avec un bon sac.

1000m de dénivelés pour atteindre les 5800m.

Longue montée avant d’atteindre un col puis dérapages dans une pente avec des petits cailloux ronds qui ne souhaitent que rouler plus bas.

On finit par arriver devant le glacier que l’on observe pour la première fois de très prêt. On pense voir une trace sur la Directe, au loin.

La deuxième chose que nous voyons c’est une tombe, constituée de pierres accumulées au pied d’un gros rocher sur lequel un piton et plusieurs sangles ont été attachés. Cette découverte macabre nous mine un peu et on ne s’attarde pas plus longtemps.

On découvre plus loin 2 alpinistes devant leur tente dans un endroit bien isolé. Ils se demandent s’ils vont vraiment aller sur la Directe, il vente beaucoup et des nuages de neige arrivent.

Nous finissons par trouver un emplacement très reculé mais qui devrait faire l’affaire. Par contre pas d’eau à l’état liquide.

2 sacs poubelles sont nécessaires pour laisser notre nourriture, des vêtements et le matériel technique (piolets traction , broches, sangles, baudriers et crampons). On entasse des pierres dessus pour les lester.

J’ai mal au crâne, il va falloir redescendre.
15 montée camp 2


16 première vue de la Directe

Retour au camp 1 - 4900m.

Il nous a fallut presque 5h pour monter et seulement 1h pour descendre.

Une surprise nous attend.

Après cette rude journée on aspire à se reposer au camp le soir devant un bon repas chaud. C’est raté car nous découvrons une grande quantité d’eau tout autour de la tente. Un névé a fondu cet après-midi quelques mètres au-dessus de la tente et l’eau risque de mouiller duvets et matelas dans la tente. On décide de creuser des tranchées pour canaliser l’eau. On renforce les tranchées avec des pierres. On creuse avec une pelle à neige. L’eau reste plus forte.

Un autre emplacement est libre plus bas.

On décide donc de transporter l’ensemble du campement et matériel.

A nouveau il faut retendre la tente, lester les haubans, trouver des cailloux assez gros pour retenir la tente car le vent est violent.

La neige s’en mêle, il neige et vente en même temps. Une corvée d’eau s’impose. On sort les casseroles, les gourdes et en avant pour aller casser la glace et trouver de l’eau liquide.

Un appel à Sonia et le morale remonte. La météo semble encore bonne pour samedi soir, nuit et matin.

17 eau sous tente camp 1

Par las marmotas
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Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /Jan /2010 22:04

Une journée d’acclimatation au camp 1 est nécessaire.

Je  termine mes antibiotiques aujourd’hui, voilà 8j que je traite une grippe laissée en cadeau par mon fils Gaspard et une conjonctivite (3 gouttes par jour, très pratique par grand vent) en cadeau de ma fille Violette.

Question estomac Vincent a mal supporté les pâtes bolognaises lyophilisées et la nuit a été mouvementée, pour moi ça suit quelques heures plus tard…

On se réorganise un peu, on se repose, on boit, on pisse , on utilise les ziplocs et le sac à excrément (une amende est prévue pour ceux qui rapportent le sac vide).

Le matin nous avons des ziplocs tout prêt avec une ration de céréales et du lait en poudre. Un bon thé bien chaud et ça repart.

On soigne les crevasses et divers bobo.

Pendant ces phases d’attente on en profite pour écouter de la musique, le Ipod dans un ziploc ça fait caisse de résonance et ça permet de se changer les idées et celles de nos voisins. Le Ipod avec écran c’est aussi très pratique pour regarder des films mais après une demie heure il vaut mieux arrêter sinon on commence à voir double et le mal au crâne recommence…

On essaie de cuisiner du mieux que l’on peut, on a même retrouvé un paquet de viande des grisons oublié par les douaniers chiliens, merveilleux.

On profite également de cette journée pour réaliser ce que l’on appelle une toilette sèche, les seules réellement possibles depuis le début de l’expé à savoir un frottage à base de lingettes et un recoiffage…

 

Départ avec la tente pour le camp 2.

On monte pendant 7h, on discute avec des québécois français puis des canadiens anglophones. On remarque que peu de gens marchent à un rythme régulier. Ils marchent vite puis s’arrête. Notre rythme est plus lent mais continu. On finit souvent par arriver avant les sprinteurs mais aujourd’hui on mettra 7h pour atteindre le camp 2. On a changé d’itinéraire, moins de petits cailloux roulants mais plus de distance.

On monte la tente et on commence à faire fondre de la neige (nous n’avons pas d’eau liquide à notre emplacement).

J’appelle Sonia vers 17h, la mise à jour météo est faite. La nuit est sans vent, le lendemain ça se gâte, surtout dans l’après-midi.


18 camp 2 

Un groupe de Vancouver prévoit de passer par la Directe et de sauter en parapente depuis le sommet au petit matin. Ils m’ont annoncé partir sur la Directe vers minuit.

Compte tenu de l’heure tardive et de notre état de fatigue on préfère attendre 23h30 pour se lever et partir pour le sommet. Notre prévision initiale était de partir à 22h mais la neige est longue à fondre et malgré notre désir de dormir à 19h, nous commencerons à nous reposer que vers 20h30, après un bol de pâte durement cuisiné. L’eau a du mal à bouillir en raison du froid et du vent qui engendrent de grosses pertes caloriques pour notre réchaud que l’on fini ar installer sous le petit auvent de la tente. L’eau bout vers 60ou 70°C au lieu des 100°C habituels en raison de l’altitude, la cuisson est donc raccourci mais nous disposons de pâtes précuites ce qui permet de manger « cuit ». Ce qui aura été le plus dur c’est de se relever toutes les 10min pour ajouter de la neige dans la gamelle pour avoir enfin 3litres chacun pour la journée du sommet, 1l pour la nuit et 1l pour la cuisine.

C’est donc après 3h de repos que le réveil sonne. Il fait nuit, il y a du vent sur la tente. Je me sens mieux que quelques heures auparavant (mal de tête), le diamox a fait effet.

Vincent a un peu de mal à décoller. Il m’avouera plus tard qu’il n’était pas dans le bain du tout à ce moment là.

On enfile toutes nos couches chaudes, doudoune, surpantalon en fibres chaudes, chaufferettes pour les pieds, les -30°C sont là.

On s’encorde, on enfile nos baudriers puis nos crampons. Les lampes torches nous éclairent.

La lune est là, les alpinistes de Vancouver sont couchés. On apprendra plus tard qu’ils ont été victimes d’apnées du sommeil ce qui les a rendu HS.

Personne d’autre n’est là. Nos amis québécois rencontrés au camp de base vont nous expliquer de retour au camp à 4200m que leur leader a subit un double œdème (cérébral et pulmonaire) qu’un des leurs avait des chaussures trop peu isolantes et un autre un état de fatigue important ce qui les a contraint à redescendre ensemble sans aller au sommet, belle équipe tout de même.

On est seul à 6000m et on le sera pendant toute l’ascension.

Pas de traces visibles sur la voie.

C’est enfin parti pour cette journée d’ascension finale, on est heureux.

On commence à monter. Je suis devant, on s’alternera ensuite.

La pente n’est pas régulière. On tente des zig zag pour moins se fatiguer mais des ressauts plus raides nous en empêchent assez vite. On rejoint les rochers qui sont plus sur la droite du glacier et on décide de continuer tout droit en montant, point de mire un premier rocher au milieu du glacier. Des heures vont s’écouler avant de le rejoindre. Le manque d’oxygène nous éprouve durement. Nous avons l’impression d’étouffer lors de l’effort, parfois une petite envie de vomir peut apparaître. Le rythme lent est primordiale pour éviter ces désagréments. Si on arrive à parler en marchant, c’est l’idéal mais il ne faut pas trop rêver.

Je ne prendrai plus de barres isostar Hyperprotéinées, ça me fout la g…. dès la première bouchée. Je mange donc du nougat, des bonbons à la menthe et je bois de l’eau avec de la poudre énergétique.

Ne pas s’endormir.

Le rythme est régulier au début.

Plus on monte, plus la neige est instable. On traverse des dizaines de plaques à vent, souvent on est obligé de contourner de grosses plaques qui sonnent très creux. Les piolets s’ancrent mal.

La pente se situe entre 45 et 50 °.

On fait un arrêt sur le rocher enfin atteint, il doit être autour de 4 ou 5h du matin. On attend le soleil avec impatience, espérant qu’il réchauffera mes orteils qui gèlent malgré les chaufferettes. Pour ainsi dire, les chaufferettes ne m’ont à aucun moment donné l’impression de me fournir de la chaleur.

Vincent passe devant car faire la trace demande beaucoup d’énergie. La neige est maintenant poudreuse sous une couche de carton, les pieds doivent être tapés plusieurs fois pour tenir dans la neige.

Les piolets traction font bien leur travail mais ne s’ancrent pas toujours assez.

Le soleil se lève.

On voit bien le goulet entre les séracs et les rochers. On va mettre une éternité à le passer.

A chaque fois que l’on relève la tête on a l’impression que ce goulet recule mais on continue.

Il nous arrive de nous endormir sur nos piolets à la montée, de cours instants.

A la sortie du goulet j’envisage de tenter de rejoindre l’arête en traversant à gauche, au-dessus des séracs.

On commence, c’est truffé de plaques à vent, encore plus qu’en bas. Je finis par déraper sur une plaque. Je regarde Vincent.­

Il ne nous semble pas raisonnable de continuer par cette traversée.

Je propose à Vincent de continuer tout droit, la fin de la voie n’est qu’à tout au plus 200m de dénivelé et ensuite c’est l’arête, probablement recouverte elle aussi de plaques à vent mais la pente est sensée être moins raide.

La suite de la voie est aussi difficile que ce que nous venons de monter, soit neige poudreuse et plaques à vent sur une pente à 45-50°. Le couloir de rochers n’est pas visible car probablement sous la neige. Il est possible de passer à gauche.

Des nuages de neige apparaissent à 5800m et commencent à monter vers nous.

Nous sommes déjà bien fatigué par cette nuit à faire la voie depuis 10h en pointes avant sur nos crampons et piolets tractions, sans compter le manque de repos depuis le portage de la veille.

Vincent prend la bonne décision en refusant de continuer.

Il ne nous reste plus qu’à tout désescalader. Nous sommes à environ 6600m. Nous allons mettre plusieurs heures à désescalader environ 700 à 800m de dénivelés de pentes neigeuses.

A tour de rôle on se surveille car on s’endort tous les 1/4h sur nos piolets.

A chaque fois l’un de nous deux appelle l’autre pour continuer la descente.

Les nuages de neige nous rejoignent et c’est le white out, la  tempête de neige s’en mêle mais on ne se rend compte de rien.

On descend tout doucement.

Je tombe dans une crevasse, corde tendue j’en sors.

C’est interminable.

Nous n’avions encore jamais ressenti une telle fatigue.

Arrivée sur une bande de rocher, il reste 300m de dénivellé à descendre. On enlève les crampons. On arrive à peine à marcher.

J’appelle Sonia pour lui expliquer qu’on est redescendu mais on ne voit pas la tente car le brouillard a succédé à la neige.

En fin de journée on arrive à la tente. Je rappelle Sonia. On s’endort immédiatement pour 4h de sommeil.

La faim nous réveille. On mange des pâtes et on redort.

On dort mal car on culpabilise de ne pas être allé au sommet. Toutes ces difficultés que l’on a su passer ne nous on pas permis d’atteindre la satisfaction suprême. Oui nous sommes satisfait d’avoir quasiment terminé la voie technique (à 200m près) cotée « difficile » à plus de 6000m mais il restait 200m de plus pour atteindre le sommet et ça on ne l’encaisse pas. Vincent se dit que c’est de sa faute, que l’on aurait du continuer, je le rassure et lui confirme que son choix nous a probablement sauvé la mise.

Je propose que dans 2 jours on retente le sommet par la voie des faux polonais, voie de marche sans difficultés techniques. Au téléphone Sonia me dit qu’elle ne veut pas revivre le stress d’une autre journée de sommet. Je respecte son point de vue, la météo n’est de toute façon pas favorable.


19 levée du soleil sur la Directe


20 Directe

21 Sous goulet

22 fatigue

23 Arrêt

La nuit sera difficile. Le réveil sans eau encore plus raide. Le pliage du camp trop demandeur d’énergie, Vincent s’assied un moment.

Il vente.

On ne fait pas fondre de neige, on décide d’attendre le camp 1, 1000m plus bas.

Descente avec un sac lourd au camp1.

On boit après être allé se ravitailler sous une couche de glace où l’eau coule encore.

On se charge des affaires laissées au camp 1 dont 7j de nourriture de Dom, ses crampons et autre vêtements et matériel technique.

On porte chacun 50kg jusqu’au camp de base que l’on atteindra en 3h. Pendant cette marche on pense à beaucoup de choses plaisantes pour oublier la douleur sur les articulations, une pensée aux Sherpas.


24 descente du camp 2 

25 descente du camp 2


26 sacs de 50kg camp 1

La suite c’est crêpes au camp de base, 1 mule pour 6 duffle bag, 2 sacs de 20kg sur le dos jusqu’à punta de vacas pendant 2 jours.

Un retour par la rive droite de la rivière torrentielle mémorable…

Des ampoules pour le dernier jour.

Un aller Puente del inca Santiago en voiture privée (un épicier et son acolyte prêts à nous emmener et probablement contents de voir du pays aussi) avec musique à fond aux douanes chiliennes, fouille en règle par les douaniers…un avion impossible à décaler, 2 jours à Santiago pour reprendre un peu de poids et goûter le vin chilien.

27 sur le retour du camp de base


28 A l'approche de pampa de lena

29 Pampa de lena

D’une expé comme celle-ci je retiendrai que rien n’est acquis, l’imprévu est toujours présent, il faut savoir forcer en en gardant sous le pied, tenir le rythme lent est la clef de la réussite, perdre un coéquipier est plus dur que ce que l’on pourrait se l’imaginer, savoir s’arrêter, écouter son compagnon de cordée, s’écouter, penser à sa famille, bénir le téléphone satellite et la fenêtre météo.

On en retient également que c’était que du plaisir, on a vraiment pris notre pied mais c’est souvent au retour que l’on s’en rend le plus compte.

C’est en retrouvant mes proches que je me suis reconfirmé qu’ils me manquaient vraiment.

Je souhaiterai parler de la suite et des futurs projets mais c’est trop tôt et en plus celle qui met en ligne toute cette mauvaise prose n’est pas du tout en phase pour l’instant…

Par las marmotas
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /Jan /2010 22:15

Bonjour à tous et tout d’abord merci à Sonia pour ce magnifique blog et le travail quotidien que tu as effectué.

Merci aussi à tous ceux qui ont participé à l’animation du blog en nous soutenant chaque jour dans ce périple andin par vos commentaires plutôt drôles, de temps en temps angoissés.

 

Moi, c’est Dominique.

 

Cette expédition ne s'est pas vraiment passée comme je le l’aurais souhaité mais bon l’on ne peut pas revenir en arrière.

 

Je vais tout de même vous raconter mon histoire dans cette cordée de 3.

(PS ; Je n’avais qu’un camescope numérique, les photos présentées en sont extraites et ne sont donc pas toujours de bonnes qualités. Manu et Vincent auront avec eux des centaines de vrais photos que l’on pourra ce repasser en boucle)

 

18 décembre 2009,

il neige sur la France, on annonce des retards ou des annulations de vol au départ de Paris, angoisse…

Les sacs sont prêts. Je pèse et repèse. Finalement, je rappelle Manu pour lui confirmer que je peux effectivement prendre les 8 ou 9 kg de nourritures et de matériels communs qu’il m’a préparé et qu’il va me remettre à l’aéroport.

 

sacs
nos 6 dufflebags et nos 3 sacs à dos

photos sacs
apercu des sacs

19 décembre 2009,

Départ pour l’aéroport avec toute ma famille en début de matinée. Il neige sur la Haute Maurienne et il ne faut pas louper l’avion qui décolle à 17h, mais nous avons rendez vous à 14h pour enregistrer nos bagages.

Nous n’avons pas fait 2km que dans une courbe la voiture se met en travers, droite, gauche, droite, gauche. Et oui, ça glisse. Bon aller on va ralentir.

Finalement il y a du monde sur l’autoroute mais ça roule. On a même le temps de se faire un resto à St-Quentin Falavier avant de rejoindre l’aéroport.

 

14h, nous sommes à l’heure.

Ha, mes compagnons sont déjà là les billets en mains, les chaussures de montagne aux pieds.


Manu et Vincent
Ils ont vraiment l'air affutés, n'est-ce pas?

chaussures Vincent

Vincent et ses chaussures pour affronter les températures extrêmes et éviter tous risques de gelures dues à la très haute altitude à laquelle nous allons voler… (Personne ne lui avait dit que l’avion est pressurisé). Mais non, je plaisante, il n’avait plus de place dans ses sacs bien sur !

 

Petite nuit dans l’avion et nous réveillons le 20 décembre 2009 à Santiago du Chili, il est 10h30.

 

Petite aventure pas drôle mais importante pour l’information des futurs voyageur à destination des Amériques, il est strictement interdit d’importer des produits d’origines animales ou végétales et ce sous n’importe quelle forme.

Je vous explique. Pendant le vol on nous remet des documents douaniers à remplir avant de débarquer. L’un pour l’immigration, l’autre pour la douane. Sur ce dernier on nous demande de déclarer tous ce que nous avons (nourritures, argents en grandes quantités et autres…). Bien entendu en toute bonne tête de mules que nous sommes, nous décidons d’un commun accord de ne rien déclarer malgré l’annonce d’une forte amende. On débarque, passons le contrôle de l’immigration, arrivons devant les scanners, posons nos sacs sur le tapis roulant, passons les portiques et là 3 douaniers montrent nos sacs du bout d’un doigt avec une certaine satisfaction, il faut bien le dire. Ils ont vraiment l’air content d’eux.

Aller, on ouvre tout, fouille complète. Et 1 sac de jambon, ho, des fruits secs, de la viande des grisons, merci pour le saucisson, de rien, je vous en pris… Aller maintenant à la pesée. Environ 4kg, pas mal, ça leur change des quelques mandarines ou bananes habituelles.

Maintenant tu t’asseyes là et tu attends, pas longtemps, 2h. Pendant ce temps on se demande si l’on va pouvoir tout de même partir ce soir pour Mendoza en Argentine ou bien s’il va falloir ce trouver un hôtel au Chili et perdre aussi une journée. Aller c’est notre tour, discussions, traductions Anglais/Espagnol, il nous montre le montant maximal de l’amende qui est je crois de 1000$US et nous fait une fleur en nous annonçant une amende de 240$US et la destruction de la marchandise. Enfin on avait été prévenu, on ne peut pas gagner à tous les coups. Bonne appétit Messieurs les douaniers !


 

Bref, on trouve un taxi qui a beaucoup de mal a faire entrer nos 6 bagages de 23 kg chacun dans sa voiture classique. Ca déborde par la fenêtre du passager avant. Il nous dépose au terminal des bus ou nous pouvons enfin espérer prendre un bus pour Mendoza car finalement il n’est que 12h30.

 

Après discussions, eux non, marchandage, nous prenons un mini bus dans le lequel, nous occupons nos 3 places, plus 3 autres pour nos sacs, et sans supplément je vous prie. On s’améliore et Manu retrouve le sourire.

C’est parti ! En route pour notre aventure.

dans le bus pour Mendoza

Arrivée Mendoza vers les 21h, transfert à notre hôtel réservé en taxi.

 

21 décembre 2009,

découverte de Mendoza, change d’argent, achat du permis d’ascension (470 ou 480$US), régularisation et préparation avec l’agence des muletiers, resto, achat d’essence, recherche du carrefour dont Sonia nous avait communiqué l’adresse. Mais il n’existait pas dans cette rue. C’est seulement au bout plusieurs kilomètres à pied dans la ville que nous trouvons un supermarché pour refaire les courses gracieusement données aux douaniers de Santiago.


marche dansla ville
Ils ne sont pas beaux mes  2 touristes en chaussures de montagne sous 30°C en pleine rue !!!

Aller va on va prendre une bière. Et ici la bière c’est une religion, peu alcoolisée, mais en grande quantité. Bon ben va pour un litre par personne.

 

 

22 décembre 2009 ;

Nous avons rendez vous à 14h30 à notre hôtel avec le minibus qui nous conduira au départ de la vallée de LAS VACAS.

Mais le réel point de chute sera Punta Del Inca, où est basé Aymara, l’agence des muletiers.

Arrivée vers les 17h et nous sommes déjà à 2700m d’altitude.

Prise de connaissance avec les muletiers et nous pouvons nous installés, pour la première fois tous les 3 dans notre tente 3 étoiles Nord Face VE25 dernier modèle, soigneusement choisie par Manu, qui doit connaitre les références et les caractéristiques d’aux moins une cinquantaine de modèle.

Bon pour notre 1ère nuit, se sera au camping du coin, avec sanitaires et douche.


au camping

 

23 décembre 2009,

On prépare encore une fois nos sacs qui seront laissés au muletier et notre sac de dos pour la journée.

Attention, tout ce qui est trop fragile, dans le petit sac. Il faut savoir que la mule n’a aucune pitié.

 

Départ 9h en mini bus pour Punta de Las Vacas. On nous contrôle notre permis d’ascension et nous pouvons enfin nous élancer vers les 10h dans cette vallée qui nous semble interminable. Il faudra qu’au retour de Manu et Vincent je puisse mesurer sur la carte le nombre de kilomètre parcouru. Il doit tout de même être assez conséquent.

mules

 point de départ

Un peu de crème, un chapeau et s’est parti pour notre promenade dans la vallée de Las Vacas (2400m).

Vers les 14h30 nous arrivons au 1er campement, Pampa di Línea. Nous avons plutôt bien marché. Petit rythme mais régulier. Il fait chaud et nous voilà déjà avec des coups de soleil malgré la crème.


las vacas
1er camp
1er camp bis

Image du camp de Pampa di Lineas. Plutôt bien équipé, WC, un gardien qui nous remet notre sac poubelle pour toute l’expédition et qu’il faudra lui ramener plein au retour, point d’eau.

Les muletiers nous avaient dit pouvoir couvrir la distance en 2h et arriver au camp vers les 14h. Nous les avons attendus jusqu’à 18h.

Vincent s’auto désigne pour dormir au milieu.

Après un repas et la vaisselle, nous entamons une partie de tarot tous les 3.

La nuit fut plutôt bonne.

 

Par las marmotas
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /Jan /2010 21:43

24 décembre 2009,

Debout tout le monde, petit déjeuner tranquille. Nous ne sommes pas vraiment pressés, le topo annonce 7h de marche pour rejoindre le prochain camp et nous n’avons que ça à faire.

Il faut tout de même replier la tente, refaire les sacs et se mettre en route pour Casa Piedra vers les 9h.

 

Attention, une seule personne à la fois, est-il écrit en espagnol sur la pancarte.

Voici notre première traversée de rivière, sur une passerelle, quelle chance !

passage du pont

 

Ci dessous la pampa dans toute son immensité.

Et nous marchons, marchons, marchons.

Repas à midi pile (jambon, vache qui rit,pain d’épices).

2ème jour

Et, au détour d’une vallée, l’Aconcagua, loin, très loin là haut. Magnifique, enfin…

aconcagua1


Nous arrivons finalement au 2ème camp à 3245m après 5h30 de marche. Les mules sont déjà là. Nous pouvons donc nous installer tranquillement. A quelques mètres coule la rivière précédemment traversée et d’un commun accord, nous nous élançons pour une douche plutôt méritée après 3 jours d’abstinence.

vincent douche


Effectivement pour tous ceux qui pensaient que nous allions nous retrouver tout seul, c’est un peu loupé.


Nous nous efforçons de beaucoup boire, tout au long de la journée, dans la soirée, tisane, eau…

Ce soir c’est le réveillon de noël et chacun pense à sa famille. Pour ma part sans nostalgie. Nous profitons d’ailleurs tous du téléphone pour parler à nos proches qui en sont déjà au foie gras ou aux huitres. C’est d’ailleurs la première fois que j’appelle depuis le 19/12/09.

Et ce soir, ce sera un repas de fête, tartiflette lyophilisée. Franchement, vous voulez savoir… plus jamais ça, c’est à ger… Je suis désormais écœuré de la tartiflette pour un bon moment. Elle me restera sur le ventre toute la nuit.

Attention, mes enfants, je les appelle « mes enfants » car je suis le plus âgé des 3, petit papa noël est passé. Je sors de mon sac 3 petits paquets de taille identique. Chacun choisi le sien.

Ho, des tablettes de chocolat cote d’or à la truffe, orange et amande. Ca c’est bon pour le moral. J’ai d’ailleurs un petit cadeau perso que m’a préparé Réjane avant mon départ et que je n’avais pas ouvert.

Des chaussettes super chaudes. Merci petit papa noël.

Tout le monde à l’air satisfait et nous pouvons donc déguster nos tablettes.

 

La nuit ne fut pas bonne, trop brassé par la tartiflette.

Un chef d’expédition voisine vient nous voir pour nous demander de bien vouloir nous préparer pour un départ à 7h le lendemain. Les muletiers veulent en fait faire l’aller au camp de base et le retour dans la même journée. Il nous propose en échange de nous faire passer le ruisseau à dos de mule.

Pas de problème. Nous réglons nos montres pour 5h30.

 

25 décembre 2009,

Nous sommes prêts pour 7h. On attend. Rien ne bouge. Quelques uns se lancent pour la traversée du ruisseau à pied. Ils en ont jusqu’aux genoux et l’eau est glaciale.

Nous on s’en fout, on va traverser sur une mule.

On attend donc patiemment que le muletier arrive.

Il est déjà plus de 8h et rien ne se passe. Vincent et moi trépignons et nous insistons auprès de Manuel pour traverser à pied. Il refuse plusieurs fois.

Et puis un cavalier arrive vers nous avec une autre mule déjà montée par une dame. Sa mule refuse de traverser le ruisseau. Il repart.

Stop maintenant, on traverse à pied. On remonte les pantalons, on enlève les chaussures et les chaussettes et via, à l’eau. Alors là, comment dire, de profonds regrets de ne pas avoir attendu encore plus nous envahissent. L’eau n’est pas froide, elle est seulement à 1 ou 2°C, sur les berges il y a même des plaques de glaces sur lesquelles nous marchons pieds nus. Le soleil n’est pas encore levé.

Il n’a pas fallu longtemps pour traverser, se sécher et remettre les chaussures. Plus jamais ça !!!

 

Il est 8h30 est débutons enfin notre marche qui est aujourd’hui de 1000m de dénivelée pour rejoindre le camp de base de Plaza Argentina à 4200m.


3ème jour

Nous avons moins de kilomètres mais plus de montée, dans un décor un peu plus montagneux.


3ème jour bis

Ils ont l’air plutôt content derrière leurs lunettes de soleil. D’ailleurs indispensables.

Le rythme est toujours lent et régulier. Les pauses sont peu nombreuses, sauf, bien sur pour midi pile, l’heure sacrée du repas. Bon c’est toujours le même depuis 3 jours et nous commençons à nous lasser.

On ne sait pas vraiment où se trouve le camp de base et d’après nos altimètres il en reste encore à faire, nous sommes à 4000m. Je crois que mon organisme vient aussi de le découvrir et j’ai un petit coup de moins bien, comme ça, d’un coup. Après avoir mangé un peu, c’est reparti.

 

Et c’est sans vraiment nous en rendre compte que nous rapprochons inexorablement de l’Aconcagua. Nous analysons d’ici la directe des Polonais que nous devons gravir. C’est la langue de neige qui remonte de la droite vers la gauche sous le sommet. Et dire que d’ici il nous reste encore 3000m à monter !!!

sous l'aconcagua

Et finalement au détour d’un rocher voici Plaza Argentina, camp de base de l’Aconcagua par sa face Est.
plaza argentina

De très nombreuses tentes sont déjà installées (je dirais une cinquantaine), de grosse tente messe des tours opérateurs comme Aymara ou Inka Expédition.

Nous nous dirigeons vers la tente d’Aymara devant laquelle git nos sacs, je dis « git » car ils ont été jetés là sans ménagement. Nous nous présentons et nous installons. Particularité de ce camp, chaque secteur possède son sanitaire pour lequel il faut aller chercher la poignée pour l’ouvrir.

Du point de vue de la santé, je ne me sens pas bien. L’altitude, c’est sûr. J’ai mal au crane et je suis très vite essoufflé. Je suis un peu rassuré lorsque mes camarades m’annoncent qu’ils ont eux aussi mal à la tête. Nous décidons donc de rester le lendemain au camp de base pour nous acclimater.

Nous sommes le jour de noël et je ne pensais pas, mais il est tout de même dur pour un père d’être éloigné de ses enfants ce jour là. La fatigue et l’altitude aidant, j’ai une baisse de moral qui s’accentue encore après un petit coup de fil à Réjane et à Antoine mon fils qui sans détour me dit « papa je t’aime ».

Il est encore tôt, nous n’avons mis que 5h15 pour monter les 1000m de dénivelé.

Nous buvons beaucoup, il parait que c’est le meilleur remède pour l’acclimatation (5litres qu’ils disent). Par contre ce qu’ils ne disent pas c’est que ces 5 litres il va aussi falloir les évacuer.

Allez, visite médicale obligatoire et validation de notre permis d’ascension.

Avec Manuel, nous sommes un peu faibles au niveau du taux d’oxygène dans le sang mais nous avons une bonne tension. C’est le contraire pour Vincent. Le doc nous déclare aptes à la poursuite de notre ascension. Nous voilà plutôt rassurés.

Malgré ma réticence, le diamox est le bienvenu.

 

Nous nous reposons, buvons, mangeons et allons nous coucher.

 

26 décembre 2009,

La nuit fut longue et difficile. Je me réveille à nouveau avec un mal de tête vite passé avec un diamox et un paracétamol.

Ce matin, c’est grand luxe, Manu nous prépare des crêpes avec confiture ou miel. C’est royal et excellent pour le moral.

Mon cafard de la veille est déjà oublié. Aujourd’hui il faut se reposer, dormir et boire, toujours boire et pisser, toujours pisser.

 

Finalement avec tout ça la journée passe très vite.

Nous en profitons aussi pour préparer notre sac à dos pour notre 1er portage à 4850m.

Nous redistribuons la nourriture en commun, calculons au plus juste pour alléger au maximum les sacs qui vont certainement peser autour des 20kg. Tout ce qui ne servira pas restera ici. On prévoit tout de mêmes 2 ou 3 jours de nourritures supplémentaires en cas de mauvais temps dans les camps supérieurs ou bien en cas de plusieurs tentatives du sommet. A partir d’aujourd’hui, nous avons tous conscience qu’il va falloir être autonome.

 

Au repas du soir, nous faisons connaissance avec des Canadiens Québécois très sympas et avenants.

Ils nous proposent d’ailleurs de jouer avec eux à un jeu, le jeu du sapin. On distribue 3 cartes en forme de sapin sur lesquelles sont inscrits 3 mots. Le principe, se débarrasser des cartes en faisant dire les mots par d’autre et leur donner ta carte. Mais ce jeu se joue au gré des discussions de tous les jours, en faisant connaissance.

En revanche je crois que nous avons compris que nous n’avons peut être pas été très attentif à notre nourriture lorsque nous les avons vu sortir les spaghettis, sauce tomate, viande, céleri, mayonnaise, carottes… Je pense que j’en bavais car moi j’avais devant moi un gâteau de semoule lyophilisé mal cuit et que nous avions déjà jeté une partie des pates blanches.

C’était pourtant facile. Il suffisait d’acheter à Mendoza et de faire porter par les mules. Quelle bande de bourricots.

 

27 décembre 2009,

Je me sens beaucoup mieux, cette journée d’acclimatation m’a fait du bien.

On fini les sacs et en route pour le 1er camp d’altitude. Sonia nous avait annoncé du vent pour l’après midi et la nuit suivante. Et le vent ici, il ne rigole pas, alors il ne va pas falloir mollir.

 

1ercamp 1

L’accès au 1er camp se fait par une longue montée entre 4200m et 4850m à travers des champs de blocs et de pénitents, le tout chargé d’environ 20kg.

1ercamp2

 

 

La montée va être longue pour moi. Je n’arrive pas à garder un rythme.

J’ai tendance à accélérer. Mais à cette altitude, ça ne pardonne pas. Je suis constamment essoufflé.

A 200m sous le camp, Manu et Vincent décident de me soulager un peu du poids de mon sac.

J’ai l’impression que cela va mieux et puis nous voyons le col auquel se trouve le camp n°1.

La montée est dure. Ce n’est pas la première fois que j’ai cette impression de ne pas pouvoir y arriver. Je connais donc cette sensation et sert les dents pour finir. Après, je le sais c’est la libération, pour aujourd’hui. Et nous voilà sortis. Nous cherchons un emplacement. Déballons en quatrième vitesse nos sacs dans des sacs poubelles soigneusement calés sous les pierres. Le vent est très fort, il est même parfois difficile de rester debout.

Nous avons finalement mis 4h40 au lieu des 6h prévues sur le topo. Mon altimètre indique 4960m.

Nous entamons la descente.

derniere


Très vite je ressens comme un point de coté, mais qui ne passe pas. Je m’essouffle en descendant, et je vois Manu et Vincent s’éloigner. Normal, ça descend. Je ne comprends pas bien ce qui ce passe et je ne l’analyse donc pas.

 

Ce n’est donc pas sans mal que je retrouve notre tente.

Sans attendre, je me couche. Ca va mieux.

 

Et puis le médecin nous avait demandé à Manu et moi de repasser après cette journée pour reprendre notre taux d’oxygène dans le sang. Allez, on y va.

Ok pour Manu. C’est mon tour, et il me trouve un taux encore faible. Je lui parle alors de mon point de coté lors de la descente et que je ressens encore. C’est situé sous les cotes, à droite.

Stéthoscope, hésitation, puis il me regarde et m’annonce en anglais que j’ai de l’eau dans les poumons et que je suis en train de faire un œdème pulmonaire. Il me demande d’arrêter l’ascension et de prévoir une redescente rapidement, certainement le demain matin.

Heureusement que j’étais assis car sinon je pense que je serais tombé. Et si je n’avais pas eu un minimum de fierté j’aurais pleuré.

Il vient seulement de m’annoncer qu’une année d’entrainement, l’achat de matériels spécifiques, de nombreuses discussions et disputes pour faire valider ce projet auprès de mes proches, 9 jours depuis mon départ de France, noël sans mes enfants, 3 jours de marches sans problèmes, tout ça pour rien. C’est très dur à accepter. Je n’ai d’ailleurs pas encore digéré cette « défaite ».

Et en plus je suis contraint de laisser mes camarades tout seuls sur la montagne.

 

Il me fait une piqure, me fait avaler un médicament et on retourne à la tente.

 

On l’annonce à Vincent. Manu envisage de redescendre avec moi et de stopper l’expédition ici. Il en est hors de question. De toute façon je ne redescendrais pas tout seul puisque soit je prends un hélicoptère, soit je descends en mule.

 

Abattu, nous partons manger dans la tente messe. Les effets du médicament se font sentir, je tremble de partout alors qu’il ne fait pas froid et puis ça passe.

 

Nous nous couchons tard et je m’endors comme un bébé, je suis épuisé.

 

28 décembre 2009,

7h du matin le docteur m’appelle. Il vient contrôler mon état, qu’il trouve plutôt bon, je crois, me refais une piqure et m’annonce qu’un hélicoptère arrive dans une vingtaine de minute pour un héliportage et qu’il va me faire profiter de la descente.

Il faut donc que je fasse vite un sac de 7kg max et que je me tienne près au départ.

 

Il y a beaucoup de vent et l’on ne croit pas qu’il viendra ce matin.

 

Mais un pilote argentin est plus têtu qu’un haut mauriennais et le voilà déjà apparaitre.

J’ai à peine le temps de dire au revoir à Manu et Vincent, les mots ont du mal à sortir, je les abandonne.

Il se pose et en 3 minutes je suis dans les airs. Pas glop, pas glop, pas glop.

dom

manu


vincent

Nous voici tous les 3 dans la tente le jour de l'acclimatation à Plaza Argentina

Bref, ensuite, bus, taxi, métro, agence Air France, modification de la date de départ, hôtel, lecture, internet et c’est l’heure du départ avec pleins de regrets.

 

Voilà c’était mon histoire dans cette cordée de 3 pour l’ascension de l’Aconcagua, le plus haut sommet des Amériques.

 

Depuis je n’ai des nouvelles de Manu et Vincent qu’au travers du blog.

J’avoue que le jour du sommet, j’étais très inquiet. Cette voie était tout de même un peu technique sur la fin et j’étais supposé être le technicien du groupe et le plus à même à juger des conditions.

Dans quoi les avais je laissé ?

 

Quelle soulagement lorsque Sonia m’a appelé pour me confirmer qu’ils étaient enfin sous une tente, à l’abri.

 

J’attends désormais leur retour pour prendre connaissance de leur expédition et visionner les photos.

 

Merci encore à tous de nous avoir suivi.

 

Dominique.

Par las marmotas
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Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /Jan /2010 21:47
Merci Josiane!
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Par las marmotas
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Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /Jan /2010 14:57
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Les parents de Vincent

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Sonia, la bloggeuse

ronan 2
ronan 1
Ronan, copain de Vincent (quand il était au Havre) et Manuel (via Norisko, enfin Dekra..).

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Virginie et Jean-Pierre

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Les parents de Manuel

DSC00040
Gaspard, le fils de Manuel, 3 ans!

Anne et Yves font du ski
Anne et Yves (soeur et beau-frère de Vincent)



06012010006
Violette, 1 an samedi, fille de Manuel et MIDO

P1050653
Antoine, 2 ans , Juliette, 4 mois..les enfants de Dom et Réjane, l'épouse de Dom!

bruno
Oncle Marmotte alias Oncle Bruno, Directeur technique du staff médical de Manuel

DSCN8154 - Copie
Lee, le frere de Manuel

Image 001
La famille Luneau

photo maman 157

Vince et Stef (beau-frère et soeur de Dom)
Par las marmotas
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /Jan /2010 21:37
Finalement Manu déneige toujours donc je vous envoie la photo!!!
Oui vous ne rêvez pas, ils osnt en train de s'enfiler une part de tarte pour fêter la première année de Violette!!

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Par las marmotas
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /Jan /2010 21:24
On les attendait, on n'y croyait plus...
Nous les attendions depuis 13h à l'aeroport de Saint Exupéry et ils osnt arrivés à 17h30!!! Avion raté donc autre avion, retard... dans cet aéroport rempli de couvertures où des centaines de gens ont dû passer la nuit...
Bref ils sont arrivés et là SURPRISE, je les attendais avec Gaspard et Violette et mes beaux-parents.
Franchement je n'allais quand meme pas les attendre à la sortie 12 de l'autoroute!!
Ils sont en pleine forme, le visage bien bronzé, pas trop amaigris et un peu secoués par ce retour mais ils vont bien!
Dur retour à la réalité pour Manu qui est en train de deneiger autour de la maison où s'est accumulé une cinquantaine de cm de neige!
Si j'ai le courage je mets une petite photo tout à l'heure de leur arrivée!
Par las marmotas
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Présentation

  • : Le blog de las marmotas
  • : Tels les 3 mousquetaires, ils partiront le 19 décembre à l'assaut de l'Aconcagua, le plus haut sommet des Amériques avec une altitude de 6962m. Ce blog vous permettra de les suivre pendant ces mois de préparation et aussi pendant les 3 semaines d'ascension via un téléphone satellite.
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